Art et culture des cartes

Les plus belles cartes Pokémon de tous les temps

Magikarp 203/193, Ancient Mew, un Charizard en plein combat : les cartes qui ont gagné une place au-delà de leur set, et ce que chacune démontre.

Stakd Team5 min de lecture
Trois cartes de l'article, en éventail : Magikarp 203/193 devant, Dragonair 181/165 et Ninetales 199/197 derrière.

Il y a les cartes qu'on collectionne pour ce qu'elles font en deck. Et il y a celles qu'on collectionne pour ce à quoi elles ressemblent. Celles qu'on encadre, qu'on cherche pendant des années, qu'on reconnaît à l'autre bout d'une table.

Voici celles qui ont passé la sélection, et ce que chacune démontre sur l'art des cartes.

Regardez le numéro avant de regarder l'illustration

Magikarp 203/193. Dragonair 181/165. Ninetales 199/197. Wailord 162/159. Frogadier 089/086.

Magikarp 203/193 par Shinji Kanda : un petit Magikarp orange qui remonte une chute d'eau, entouré d'un bord à l'autre d'un monde noir et dense de plantes, champignons et insectes au trait de couleur.
Magikarp 203/193, illus. Shinji Kanda

Chacun de ces numéros dépasse la taille du set auquel la carte appartient. Ce n'est pas une erreur d'impression : c'est la marque d'une carte qui existe au-delà du set, après le dernier emplacement numéroté, imprimée parce que l'illustration a mérité sa place et non parce que le jeu avait besoin de la carte.

Une fois qu'on l'a remarqué, on ne peut plus l'ignorer. Le numéro lui-même dit que la carte a été faite pour être regardée.

Quand le Pokémon cesse d'être le sujet

Le Magikarp de Shinji Kanda est l'exemple le plus net de la sélection. Le poisson est petit, orange, à peu près au centre, et tout le reste est un monde noir et dense de chutes d'eau, de champignons, d'insectes et de plantes dessinés au trait de couleur, saturé d'un bord à l'autre. On passe plus de temps à regarder le fond que le Pokémon.

Le Dragonair de rika fait la même chose en palette inverse : des ruines bleues inondées, des colonnes à moitié immergées, la lumière qui tombe d'en haut, et le Dragonair enroulé dans l'architecture comme s'il y habitait. Le Ninetales de Sie Nanahara est un couloir d'arbres dorés où les queues et la lumière ont exactement la même couleur.

Dragonair 181/165 par rika : un Dragonair bleu serpentant dans des ruines inondées bleu pâle, colonnes et marches à moitié immergées, lumière tombant d'en haut.
Dragonair 181/165, illus. rika
Ninetales 199/197 par Sie Nanahara : un Ninetales blanc dans un couloir d'arbres dorés, ses queues et la lumière de la même teinte chaude.
Ninetales 199/197, illus. Sie Nanahara

Le Wailord de Katsunori Sato est l'usage le plus drôle du procédé : la baleine est simplement trop grande pour le cadre, dressée à la verticale dans un récif au coucher du soleil, avec un bateau en surface pour donner l'échelle. La blague et la beauté sont la même idée.

Le Frogadier de Susumu Maeya est celui qui réussit le mouvement : la grenouille est saisie en pleine foulée sur une vague qui déferle, l'eau ruisselant d'elle, toute la carte inclinée dans la direction où elle va. La plupart des cartes d'action figent une pose. Celle-ci continue d'avancer.

Frogadier 089/086 par Susumu Maeya : Frogadier en pleine foulée sur une vague qui déferle, l'eau ruisselant de lui, la composition inclinée dans sa direction.
Frogadier 089/086, illus. Susumu Maeya
Wailord 162/159 par Katsunori Sato : une baleine bleue immense dressée à la verticale dans un récif corallien coloré, un petit voilier visible en surface tout en haut.
Wailord 162/159, illus. Katsunori Sato
Le meilleur art de carte moderne n'est pas un portrait. C'est un lieu, avec un Pokémon dedans.

Quand la carte raconte quelque chose

Le Charizard VSTAR de Kiyotaka Oshiyama est un combat. Charizard à droite, en plein bond, griffes sorties ; Mewtwo à gauche dans un bouclier d'énergie psychique ; des rochers et du feu entre les deux. C'est l'image arrêtée d'un film qui n'existe pas, et elle fait quelque chose qu'aucun portrait statique ne peut faire.

Charizard VSTAR SWSH262 par Kiyotaka Oshiyama : Charizard bondissant depuis la droite, griffes sorties, face à Mewtwo protégé par un bouclier d'énergie psychique à gauche.
Charizard VSTAR SWSH262, illus. Kiyotaka Oshiyama

Le Gengar VMAX de sowsow part exactement dans l'autre sens : un paysage de livre d'images en tons pastel, un Gengar géant qui sourit derrière, et un vortex rose qui avale la route. Ça ne devrait pas fonctionner. Ça fonctionne parce que la douceur rend la menace pire.

Gengar VMAX 271/264 par sowsow : un Gengar géant souriant derrière un paysage pastel de livre d'images, un vortex rose avalant la route au premier plan.
Gengar VMAX 271/264, illus. sowsow

Le N's Zoroark ex de Raita Kazama met un humain dans le cadre, ce que le jeu de cartes fait rarement et généralement mal. Ici N et Zoroark partagent la même pose et le même fond de motifs ornementaux denses, et la carte se lit comme le portrait d'un duo plutôt que comme une créature à laquelle on aurait ajouté quelqu'un.

N's Zoroark ex 286/217 par Raita Kazama : N et Zoroark dans la même pose sur un fond de motifs ornementaux denses.
N's Zoroark ex 286/217, illus. Raita Kazama

Quand l'art vient carrément d'ailleurs

Ancient Mew reste la carte la plus étrange jamais imprimée. Une promo de film dont tout le texte est un alphabet runique illisible, avec un Mew cerné d'or flottant sur un champ d'étoiles. Elle ne vous donne ni ses PV, ni ses attaques, ni son nom dans une langue que vous parlez, et les gens la veulent depuis vingt-cinq ans.

C'est la preuve la plus pure de l'argument : retirez tous les éléments fonctionnels d'une carte, il en reste assez pour donner envie.

Ancient Mew : un Mew cerné d'or sur un champ d'étoiles sombre, chaque mot de la carte écrit dans un alphabet runique inventé.
Ancient Mew. Promo de film

Le Chi-Yu ex d'Akira Egawa et le Mega Dracolosse ex de DOM viennent tous deux de sets japonais, et poussent vers quelque chose de plus proche de la peinture que de l'illustration. Egawa dans des rouges et violets déchirés autour d'un rai de lumière, DOM dans des étoiles pâles et des ailes pastel. Le statut d'exclusivité japonaise fait partie de l'attrait, mais ce n'est pas pour ça qu'elles sont ici.

Chi-Yu ex 092/071 par Akira Egawa : un petit Chi-Yu de feu dans un rai de lumière, entouré de touches déchirées de rouge et de violet.
Chi-Yu ex 092/071 SAR, illus. Akira Egawa
Mega Dracolosse ex 246/193 par DOM : Dracolosse s'élevant parmi des étoiles pâles et des ailes pastel.
Mega Dracolosse ex 246/193 SAR, illus. DOM

Celles qui y sont arrivées les premières

Le Reshiram de Kagemaru Himeno, de 2013, est un dragon blanc en full art sur des roses rouges et des pétales qui tombent. Himeno a bâti toute une carrière sur des cartes construites autour de l'atmosphère plutôt que de la créature, et celle-ci est sa thèse : le Pokémon est blanc sur blanc, et toute la carte est portée par ce qui l'entoure.

Reshiram RC22/RC25 par Kagemaru Himeno : un dragon blanc sur toute la carte, sur un champ de roses rouges et de pétales qui tombent.
Reshiram RC22/RC25, illus. Kagemaru Himeno

Le Flareon EX de kirisAki place Flareon devant, Vaporeon et Jolteon derrière, tout en lumière douce et en yeux immenses, une carte qui avait compris l'attrait des Évoli comme portrait de famille des années avant que ça devienne la norme.

Flareon EX RC28/RC32 par kirisAki : Flareon devant, Vaporeon et Jolteon derrière, lumière douce et grands yeux.
Flareon EX RC28/RC32, illus. kirisAki

Et le Pikachu de You Iribi est l'ancêtre de toutes les cartes ci-dessus : Pikachu au centre, une douzaine d'autres Pokémon qui explosent vers l'extérieur en couleurs saturées, l'ensemble plus proche d'une affiche que d'un élément de jeu.

Pikachu 160/159 par You Iribi : Pikachu au centre, une douzaine d'autres Pokémon jaillissant vers l'extérieur en couleurs saturées.
Pikachu 160/159, illus. You Iribi
Lumineon V GG39/GG70 par Jerky : un Lumineon lumineux dans un halo bleu pâle sur un récif presque noir de coraux fluo.
Lumineon V GG39/GG70, illus. Jerky

Ce que ça veut dire pour une collection

Les cartes portées par leur illustration ne se comportent pas comme celles qui reposent sur la rareté. Elles survivent aux rotations de format, aux rééditions et à la surenchère de puissance, parce que ce qu'on voulait n'a jamais été le symbole de rareté, et l'illustration est la seule chose sur une carte qu'on ne peut pas corriger par errata.

Ça n'en fait pas une stratégie, et une liste de belles cartes n'est pas un signal d'achat. Mais une collection assemblée autour des illustrations est généralement une collection qu'on garde. Et une collection qu'on garde mérite d'être suivie correctement.

Si vous voulez l'autre face de la médaille, celle des cartes dont la valeur est dans les chiffres plutôt que dans l'image, lisez pourquoi cinq cartes d'apparence banale cachent un vrai potentiel PSA 10.

Savoir ce qu'on possède

Le problème concret quand on collectionne au goût, c'est que le goût éparpille. Les cartes s'accumulent à travers les sets, les langues et les années sans autre fil conducteur que le fait qu'elles vous ont plu, un SAR japonais ici, un full art de 2013 là, une promo de film.

Stakd sert exactement à ça : photographier une carte, la faire identifier, voir ce qu'elle vaut aujourd'hui, et suivre l'ensemble de la collection au même endroit au lieu de deviner.

Le reste de ce qu'on publie sur l'art et la culture des cartes est ici.

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